C'est un crève-cœur pour tous les Saint-juériens, de voir le café la Terrasse désespérément fermé depuis quelques années. Car c'est là que battait, matin, midi et soir, le cœur de Saint-Juéry.

à l'origine Café Rodière, il est idéalement situé en plein centre-ville, à l'intersection de l'Avenue Jean-Jaurès et de la Route de Montplaisir. Et, depuis sa terrasse, sans la moindre protection, on pouvait voir passer les bolides du grand prix d'Albi, comme un certain Juan-Manuel Fangio.

Sylviane Marty-Roletto, 65 ans, n'a pas été témoin de cela, mais y a vécu de bien belles années de sa vie professionnelle et même de sa vie tout court. C'est en 1963 que ses parents, Raymonde et Américo Roletto, ont acheté ce commerce à M. et Mme Cambon. Ils tenaient auparavant un café-restaurant à Millau, mais la mise en vente de ce café était une trop belle opportunité de revenir «au pays», Américo étant né à Blaye et Raymonde à Albi.

Mais, comme le disait Coluche qui avait le sens de la formule : tenir un tel établissement réclame au moins un engagement à mi-temps, douze heures par jour.

Et encore, au début, Américo travaillait-il au Saut-du-Tarn. Bien vite, il s'est consacré à son établissement qui venait d'obtenir le PMU.

Affaires prospères

«Les affaires étaient très prospères. Le rugby et le football venaient ; ils n'avaient pas de club-house». L'étage tenait lieu de salle de réception pour les après-matches, abritait les réunions.

«Mes parents ont tenu l'établissement jusqu'à leur retraite, en 85, où ils l'ont vendu à Mme Bosc, qui l'a tenu une dizaine d'années».

Encore adolescentes, Sylviane, et sa sœur aînée, Marie-José, se régalaient de donner un coup de main.

«Le dimanche, il y avait une grosse affluence pour le tiercé. Les gens buvaient un café-rhum, un café-cognac. Les apéritifs à la mode étaient le Lillet, la Suze, Salers, Dubonnet…» Vers 13 heures, chaque jour, se mettaient en place les jeux de rami et de belote. Le samedi soir il y avait deux tapis de tarot. De vieux hommes veufs ou célibataires étaient quasiment pensionnaires.

«Je me souviens de Printania le manchot, de Pequeno, de pépé Louis Héral. On les gardait à table pour manger et papa les ramenait quand ils avaient trop bu». Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car, à leur tour, Sylviane et son mari ont racheté l'établissement en 1998 et l'ont tenu 10 ans de plus.

«Il y avait une ambiance formidable avec les artisans et commerçants qui venaient tous prendre leur café le matin. Nous avions installé un flipper et un baby-foot dans l'arrière-salle. Et puis les sociétés sportives ont eu leur club-house, les jeunes ont acheté des packs de bière dans les supermarchés…» regrette Sylviane.

Avec, comme tous les gens de sa génération, des étoiles plein la tête quand elle évoque ces années-là.   source : ladepeche.fr